tribuneMediapartagriculturepesticides 2026-10-28

Quand l’État reste sourd aux constats scientifiques, les citoyen·nes s’en saisissent !

Scientifiques en rébellion était présent dans l’Eure pour la mobilisation contre les pesticides et Syngenta : une expérience partagée avec une coalition inédite d’organisations et des milliers de personnes, qui nous a profondément marqué·es. Voici quelques réflexions à la suite de ce week-end, notamment sur la place des scientifique dans les luttes citoyennes.

Ce texte a été publié sur notre blog dans le Club de Mediapart.

Notre collectif était dans l’Eure ce week-end, aux côtés des près de 15 000 personnes venues mettre Syngenta (et avec lui toutes les firmes de pesticides, mais aussi l’État, les lobbyistes de l’agrochimie, les dirigeants de la FNSEA…) devant leurs responsabilités : les dizaines de milliers de malades et de personnes décédées, enfants, agriculteur·ices, riverain·es, ouvrier·es empoisonné·es par les pesticides, de leur production à leur diffusion.

Ce que nous retenons de cette mobilisation au-delà du nombre, au-delà de l’expression conjointe de la colère et de la joie de vivre, au-delà de la confluence inédite entre soigné·es, soignant·es, proches et aidant·es, travailleur·euses (du monde agricole mais également industriel), paysan·nes, citoyen·nes concerné·es et solidaires, militant·es, écologistes… ce que nous retenons, c’est la preuve qui a été faite que non seulement les connaissances scientifiques sont là (ce que nous savons évidemment) mais surtout qu’elles sont parfaitement réappropriées par toutes ces citoyen·nes qui s’auto-organisent pour enquêter, pour comprendre, pour se forger une compréhension des phénomènes à l’œuvre.

Ce travail d’appropriation et cette résistance éclairée nous permettent toustes ensemble d’accéder à une analyse fine des conséquences de ce système mortifère qu’est l’agrochimie, mais aussi des raisons qui lui permettent de se maintenir : les mécanismes de contamination, les effets sur la santé, les contextes socio-économiques et ses logiques de pouvoir et de domination.

Leurs paroles étaient limpides, informées et sensibles. En fin de journée, nous n’aurions su quoi ajouter tant tout avait été dit, avec précision, et en articulant l’ensemble des enjeux sociaux, environnementaux, politiques qui s’agrègent autour de la question des pesticides. En tant que scientifiques, nous observons que jamais la notion de service public (dont beaucoup d’entre nous font partie) n’aura si bien porté son nom lorsque nos travaux peuvent, aux côtés d’autres formes de savoirs expérientiels, contribuer, même modestement, à construire ces analyses et à outiller les luttes. Cela redonne du sens à un travail vis-à-vis duquel, parfois, nous doutons, à cause de son impact environnemental et du silence politique qui lui est opposé.

Face à un gouvernement qui a oublié jusqu’à la notion même d’intérêt général, lorsqu’il place les intérêts privés et industriels au-dessus de la vie de ses citoyen·nes et oppose la violence et le mépris à leurs cris de détresse, nous choisissons avec fierté de nous positionner avec et pour ces pans de la société que le pouvoir méprise. Ce week-end, nous avons chanté ensemble, pleuré ensemble et nous continuerons de lutter ensemble.