Université Grenoble Alpes : Évaluation par le Père
Grenoble, le 28 mai 2026
L'Université Grenoble Alpes n'aime pas la critique, elle lance un nouveau concept : l'évaluation par le Père. La soutenance – non autorisée – est maintenue.
Achille Baucher effectue une thèse de doctorat sur la « Désescalade numérique : recherche-action au sein de l'écosystème grenoblois ». Cette thèse a passé toutes les étapes de validation : rapports favorables du comité de suivi annuel, rapports favorables des deux rapporteurs du manuscrit de thèse, etc. Cependant, et ce fait est à notre connaissance totalement inédit, Achille Baucher se voit refuser, 15 jours avant la date prévue, le droit de soutenir sa thèse, par le Collège des Écoles Doctorales en délégation du Président de l'Université.
Ce refus est contraire à la déontologie et constitue un acte idéologique consistant à taire la critique du numérique et de l'écosystème grenoblois portée par le travail de thèse.
Le contexte / actions menées
L'annonce a révolté beaucoup de personnel de la recherche, en particulier l'un des rapporteurs des travaux d'Achille Baucher qui s'est senti insulté dans son travail d’évaluation, non reconnu par le Collège des Ecoles Doctorales. Ce chercheur a écrit un email plutôt salé à ses collègues de l'école doctorale. D'autres chercheuses et chercheurs ont emboîté le pas. Le collectif Scientifiques en Rébellion a également envoyé un courrier étayé pour demander l'annulation de cette décision. Les comités de déontologie au niveau local et gouvernemental ont été saisis. Une mise en demeure suivie, s'il le fallait, d'une poursuite judiciaire au Tribunal Administratif est à l'étude.
Le jeune chercheur ainsi que le jury ont néanmoins décidé que la soutenance (non autorisée donc) aurait bien lieu à la date et l'heure prévue: le 1er juin 2026 à 14h au bâtiment IMAG, Campus de Saint Martin d'Hères. Comme attendu, le président de l'université n'a pas tardé à prendre un arrêté d'interdiction qui s'impose « aux membres du jury qui sont tenus de s'y conformer ». C’est, là aussi, probablement une première !
La soutenance sera précédée d'une cantine collective autogérée dès midi devant le bâtiment. L'intention -- dans la droite ligne de la thèse -- est de rendre ces travaux et analyses accessibles à tous·tes.
Par la présente, nous invitons également les journalistes à venir témoigner de cette approche alternative et réflexive de la recherche en informatique et à venir creuser le sujet, comme l’indique la thèse, des « travaux menés dans les laboratoires d'informatique de Grenoble qu'on préfère dissimuler ».
Détails
Achille Baucher est doctorant à l'École Doctorale (ED) MSTII, à l'Université Grenoble Alpes (UGA), depuis un peu plus de 3 ans sous la direction de Romain Couillet, professeur des universités à l'UGA. Le 13 mai 2026, Achille Baucher se voit refuser par le Collège des Écoles Doctorales (CED) de l'UGA, en délégation de signature pour le Président de l'UGA, l'accord de soutenance de thèse. Ce refus lui est signifié 15 jours avant la date prévue (1er juin 2026). Pourtant, le parcours de thèse a été validé à toutes les étapes, jusqu'à la sélection du jury et des rapporteurs par l'école doctorale.
Ce n'est qu'après réception des deux avis favorables des rapporteurs que la présidence de l'université décide de ne pas autoriser la soutenance de thèse, situation totalement inédite à notre connaissance. Le motif invoqué est le suivant : « le contenu de la thèse ne correspond pas à la thématique de l'école doctorale ».
On rappellera que, d'après l'arrêté du 25 mai 2016 fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat, JORF n°0122 du 27 mai 2016, en vigueur depuis le 01 septembre 2022, article 17 : « Les rapporteurs font connaître, au moins quatorze jours avant la date prévue pour la soutenance, leur avis par des rapports écrits ; sur cette base, le chef d'établissement autorise la soutenance. »
Outre le fait que cette décision place le doctorant dans une situation difficile, elle pose de nombreux problèmes déontologiques :
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Tout d'abord l'École Doctorale est une instance qui veille au bon déroulement de la thèse. Elle n'a aucune prérogative pour « juger » le contenu du travail : c'est là le travail des rapporteurs qui proposent une synthèse argumentant la valeur du travail ; c'est ainsi que la déontologie scientifique opère pour éviter justement toute forme de contrôle du savoir par un petit groupe. Ainsi la validation par les pairs se voit remplacée par une validation par le Père (le Président de l'Université en l'occurrence).
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Le déni du travail des rapporteurs est alors évident. Un déni qui peut légitimement être perçu comme une insulte par ces derniers, d'autant que la décision est prise sans échanger avec eux au préalable.
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À travers cette décision, c'est la liberté académique, celle qui consiste, pour le Directeur de thèse, à explorer des voies non conventionnelles, qui est attaquée.
Une affaire avant tout politique
En tentant d'argumenter à l'envi que le problème n'est pas le contenu scientifique de la thèse en soi, mais son positionnement au sein de l'école doctorale d'informatique, la direction de l'université opère un tour de passe-passe assez sournois. Dans son courrier de réponses au groupe SeR de Grenoble, M. Lemonde, directeur du CED, indique : « L'ED, après analyse des rapports et du manuscrit, a jugé que le travail présenté ne relevait pas de la spécialité d'inscription en doctorat et devait être requalifié pour prendre en compte la volonté de l'auteur d'accéder à une forme d'interdisciplinarité et à un éclairage de l'informatique par d'autres disciplines, sociales, philosophiques ou politiques. C'est donc bien une analyse scientifique qui a conduit à l'avis défavorable de l'ED puis à la décision de l'établissement. »
La tactique est habile : décréter que la thèse relève également d'autres disciplines (sciences sociales ou philosophie, politique, pourquoi pas les trois ?) et donc qu'elle devrait être co-encadrée par des philosophes, sociologues ou politologues. C'est habile car cela offre les apparences de la vertu et permet de déplacer (et donc noyer), le problème. Pourtant, les rapporteurs en attestent, cette thèse est bien une thèse d'informatique, et c'est à cette école doctorale qu'elle est dûment affectée.
Et c'est là que nous en venons au fond de l'affaire ; car tout le reste n'est que tentative, par la forme, de ne pas aborder le fond du sujet. Le travail de thèse d'Achille Baucher est une « critique en actes » du numérique et son monde depuis l'intérieur d'un laboratoire de recherche en informatique au sein de la « Silicon Valley française » (Grenoble). Son travail, qui repose sur 70 ans d'analyse critique de la technologie (désormais de l'ordre du B-A-BA des sciences sociales) pour l'instancier au numérique et son monde (la recherche en IA, les gadgets connectés, la production de puces microélectroniques pour l'armement), depuis l'écosystème grenoblois, ne plait pas du tout au sein de l'université.
Achille Baucher et son directeur de thèse subissent depuis 3 ans des pressions croissantes de la part de leur hiérarchie (et bien au-delà), du fait de leurs travaux. En témoigne le refus, non justifié comme c’est l’usage, par le « fonctionnaire sécurité défense » (représentant du ministère de l'intérieur au sein de l'université) d'étendre le contrat de thèse d'Achille Baucher, quelques semaines plus tôt (afin de finir ses travaux, une relance banale d'ordinaire), lui interdisant dorénavant l'accès au laboratoire placé en ZRR (Zone à Régime Restrictif) : il est depuis 2 mois en 100% télétravail.
Voici qui éclaire la décision d'une autre lumière : il semble évident que la critique de « ce qu'on fait au labo » (l'un des chapitres du manuscrit de thèse) ne plait pas du tout et ne saurait, pour ces messieurs, être rendue visible, au risque d'écorner l'image rayonnante du temple de l'innovation numérique grenoblois.
Ainsi fonctionne l'évaluation par le Père : un soutien coûte-que-coûte à la religiosité numérique et aux intérêts financiers et militaires qui y sont liés.