Le Printemps Bruyant entravé : un traitement sécuritaire disproportionné
Paris, le 16 avril 2026
22 organisations co-organisatrices de la Marche pour un Printemps Bruyant dénoncent des entraves au bon déroulement de cette manifestation, pourtant déclarée et préparée en lien avec la préfecture.
Le 4 avril dernier, un large collectif d’organisations s’est mobilisé à Paris contre un modèle agro-industriel centré sur l'utilisation massive de pesticides de synthèse. Malgré une déclaration et une préparation en lien avec les autorités, les organisateur·ices dénoncent de fortes entraves au bon déroulement de l’évènement et un dispositif sécuritaire disproportionné. Aucun élément ne permettait d’anticiper une telle situation et nous dénonçons le deux poids, deux mesures dans le traitement des mobilisations, notamment lorsqu’on le compare à celui réservé à des rassemblements tels que ceux de la FNSEA. Ces écarts interrogent directement le respect du principe d’égalité et portent atteinte à l’exercice des libertés publiques, en particulier la liberté d’expression.
Une interdiction injustifiée de la scène pourtant déclarée
Depuis le mois de mars, les organisateur·ices échangeaient avec la préfecture au sujet des modalités de la manifestation et de son temps de clôture. Dès la déclaration déposée le 17 mars, puis lors d’échanges complémentaires, la tenue d’un concert de clôture, de prises de parole et de dispositifs de sonorisation sur le parvis du tribunal de Paris ont été explicitement annoncés.
L’ensemble des démarches administratives avait été effectué aboutissant à la délivrance d’un récépissé d’autorisation régulier, le 2 avril 2026. Dans les deux jours avant l’événement, les échanges avec la préfecture sur l’installation de la scène de concert sur le parvis du tribunal ont donné lieu à un renvoi vers le tribunal et la mairie qui a finalement conclu que la déclaration auprès de la préfecture serait suffisante. Malgré ce contexte où les autorités ne se reconnaissaient pas clairement compétentes, l’installation de la scène a démarré samedi matin. Au bout d’une heure environ, le dispositif des forces de l’ordre s’est intensifié, le ton s’est durci et le démontage a été exigé. Le contact au sein de la Direction de l'Ordre Public et de la Circulation (DOPC) confirmait pourtant par téléphone au commissaire référent, que le concert avait bien été déclaré et qu’il avait proposé l’installation de la scène au sol plutôt qu’un camion-scène. Pendant plusieurs heures, les forces de l’ordre ont tenu un double discours entre des propositions alternatives et une lecture tatillonne du récépissé tandis qu’à plusieurs endroits de la manifestation, elles affirmaient que le concert n’était pas déclaré.
Sand, d’Extinction Rebellion, indique « Depuis mars, tout était déclaré et en règle, on a discuté et validé en amont, pourtant le jour même on s’est heurté à une succession de refus sans justification claire. Les négociations ont duré toute la mobilisation sans aboutir. »
Dans ces conditions, les organisateur·ices ont été confronté·es à une absence de réponse administrative claire et à des décisions prises sur le terrain sans base explicite ni cohérence avec les échanges préalables, portant atteinte à l’exercice de la liberté de manifester et revendiquer.
À ce stade, nous formulons l’hypothèse que cette confusion puisse être liée à la situation particulière du tribunal suite au partenariat public-privé (PPP) encadrant la gestion du site par Bouygues Construction. Une telle complexité ne saurait toutefois justifier une incertitude juridique au détriment des libertés fondamentales.
Une pratique de nassage inadmissible
Au cours de la marche, un groupe de manifestant·es constituant une chorale, annoncée dans le programme, s’est détaché du cortège afin de se placer au lieu prévu pour leur prestation. La chorale s’est positionnée quelques centaines de mètres en amont de la manifestation et s’est retrouvée immédiatement entourée d’agents des forces de l’ordre, CRS et Brav-M, qui ont formé une nasse autour du groupe qui se préparait et répétait. Alors que la tête du cortège ne se trouvait plus qu’à quelques dizaines de mètres du lieu de la chorale (lieu qui se trouvait, donc, sur le parcours de la marche) les forces de l’ordre ont sommé les personnes de quitter le lieu et de rejoindre la manifestation. Des échanges ont eu lieu afin d’expliquer que plusieurs personnes présentaient un état de faiblesse et de vulnérabilité dû à des pathologies et/ou des traitements lourds, et de demander qu’elles puissent rester sur place afin de leur éviter des déplacements inutiles.
L’agent responsable a demandé aux personnes particulièrement faibles de se manifester afin de pouvoir les compter et faire un tri parmi les malades. Marine de Cancer Colère témoigne : « Ils nous ont demandé de "lever la main si nous étions malades" pour savoir combien allaient rester assis par terre à leur obéir sagement. Je voudrais surtout rappeler que nous avons sagement levé la main pour nous faire compter... Je suis encore atterrée, et quand je le raconte à mes enfants trentenaires, ils sont terrorisés. » Dans un premier temps, huit personnes ont été autorisées à rester sur place, le reste de la chorale a été reconduit vers le cortège sous escorte, dans un dispositif où les forces de l’ordre étaient plus nombreuses que les participant·es. À peine une minute après, les personnes vulnérables, qui étaient assises par terre dans le parc attenant, ont finalement été elles aussi sommées de quitter le lieu et de rejoindre le cortège.
Un climat de tension avec un fort dispositif policier
Pour une manifestation de 2 500 personnes, les autorités avaient déployé un nombre conséquent de membres des forces de l’ordre. Cette présence extrêmement importante a créé un climat de tension permanent et a contribué à transformer une manifestation pacifique en espace de pression et d’intimidation.
La fin de la manifestation s’est déroulée sous tension avec de nombreux CRS ne laissant pas la possibilité de terminer dans les meilleures conditions les prises de paroles et les concerts annoncés.
Une militante constate « On a l’impression que dès qu’une mobilisation est critique, la réponse est la même : surdéploiement, pression et entraves. Ce n’est pas du maintien de l’ordre, c’est une stratégie d’intimidation »
Nous contestons le caractère manifestement hostile du dispositif déployé au regard de la réalité de la mobilisation et de l’absence d’incidents sur le même événement l’an passé.
Étant donnée la gravité de tous les faits constatés, nous demandons que le droit de manifester soit pleinement respecté, sans entraves, de la part de la préfecture et des forces de l’ordre, et que cessent les atteintes à la liberté d’expression.
Liste des associations, ONG et collectifs organisateurs :
Extinction Rebellion, rejoint par Scientifiques en Rébellion, Coalition Secrets Toxiques, Alerte Médicale sur Les Pesticides et Perturbateurs endocriniens, Sud Recherche, La Confédération Paysanne, Cancer Colère, COAADEP, ActionAid France - Peuples Solidaires, Combat Monsanto, Coquelicots de Paris, Agir pour l'Environnement, Générations Futures, Greenpeace France, Nous Toutes, POLLINIS, France Nature Environnement, France Nature Environnement Île-de-France, Planet Earth Now, Association de Promotion des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes, Action Justice Climat, Bio Consom'acteurs.