2023-11-29

La COP alternative des Scientifiques en rébellion démarre jeudi 30 novembre 2023

En 1992 tous les pays promettaient de s’engager pour éviter « toute interférence dangereuse d’origine anthropique avec le système climatique ». 27 COP plus tard, les émissions de carbone sont 60% supérieures à ce qu’elles étaient en 1992 et le constat d’échec est patent : les COP se sont succédé sans qu’on ait pu observer la moindre inflexion positive des trajectoires d’émissions de GES (Gaz à effet de serre). Y compris pour les quelques COP dont on aura retenu le titre (par exemple : protocole de Kyoto signé en 1997 lors de la 3e COP, et entré en vigueur en 2005 lors de la 11e COP à Montréal, accord de Paris en 2015 lors de la COP21) et qui ont permis de déboucher sur une résolution ou avancée concrète, aucune n’a fixé aux Etats l’obligation réelle de respecter les engagements pris. A l’inverse, les lobbies industriels ont pris de plus en plus de place dans ces COP au fil des ans et leur « délégation » a aujourd’hui plus de poids que celles des décideurs politiques. Et ce n’est certainement pas la 28e étape de ces COP (qui démarre ce jeudi 30 novembre) qui changera le cours des choses : elle se tient, de façon tout à fait indécente, à Dubaï sous la présidence du magnat du pétrole Ahmed Al Jaber, PDG d’ADNOC, plus grosse entreprise d’hydrocarbures des Emirats Arabes Unis qui annonçait récemment vouloir augmenter de plus de 25% sa production d’énergies fossiles en 5 ans – et utilisera la COP pour légitimer encore d’avantage la production et l’utilisation d’énergies fossiles. Les COP sont empêtrées dans de multiples compromissions avec le secteur des énergies fossiles et plus généralement avec les mondes industriels et financiers qui les empêchent de jouer le rôle qu’elles devraient tenir : celui d’un espace de dialogues pour défendre l’habitabilité de notre planète et assurer un futur digne aux pays du monde entier.

En tant que scientifiques, face au changement climatique et aux bouleversements écologiques d’origine anthropique, nous nous sommes d’abord senti⸱es concerné⸱es. Puis nous avons été alarmé⸱es. Alarmé⸱es face à l’amplification des phénomènes catastrophiques provoquant des milliers de morts et des pertes imminentes des conditions pour une vie digne et sans faim pour un tiers de la population mondiale. Alarmé⸱es face à l’accumulation d’observations et d’analyses documentant leurs causes et leurs conséquences, et l’observation et l’analyse tout aussi documentées des politiques climatiques inadaptées en raison de verrouillages sociotechniques et de collusion entre mondes politiques, industriels et financiers. Nous sommes maintenant terrifié⸱es car en dépit de toutes les alertes, et dans un contexte de crise démocratique croissante, ces mêmes politiques irrationnelles et dévastatrices perdurent.

Nous sommes terrifié⸱es. Mais pas résigné⸱es. Car nous savons aussi que des mobilisations d’ampleur de la société sont capables de faire advenir de grands changements, à l’image des mobilisations pour la justice sociale, les droits civiques, l’égalité de genre… qui ont toutes été gagnées par des mouvements sociaux forts.

Nous entendons jouer notre rôle dans cette partition : ni conseillers du prince, ni au service des pouvoirs technologiques et industriels, nous mettons nos méthodes et nos compétences au service du commun. C’est dans cet esprit que s’inscrit la campagne actuelle de Scientist Rebellion et de Scientifiques en rébellion, sa déclinaison française. Nous voulons proposer autre chose que ces COP impuissantes.

Nous souhaitons amorcer la construction d’un espace de discussion à la hauteur des enjeux. Un espace qui tisse des liens entre les personnes, les associations, les mouvements, les syndicats, différents mondes professionnels. Entre différentes façons d’observer, de comprendre, de percevoir et de ressentir le monde. Entre différentes rationalités et sensibilités dont le socle commun serait le respect du vivant.

C’est cette approche que nous tenterons de faire advenir à Bordeaux, du 30 novembre au 4 décembre avec l’organisation d’une COP alternative, réellement écologique. Cet évènement national a déjà été amorcé par de « mini COP alternatives » dans différentes villes de France : à Nancy le 22 octobre avec une action d’investissement des « Jardins éphémères » place Stanislas, installation de la ville, pour y porter haut et fort un discours critique sur la paralysie politique dominante et engager des discussions avec les visiteurs sur les enjeux climatiques et écologiques dans leur ensemble ; à Nantes, le 22 novembre avec une conférence inversée et une assemblée citoyenne sur la thématique des ressources en eau ; à Lyon, le 25 novembre avec un atelier participatif sur les enjeux du Rhône entre citoyen⸱nes, scientifiques et organisations locales ou encore à Paris le 26 novembre avec une conférence-débat à l’Académie du climat.

A Nancy, à Nantes, à Lyon, à Nice ou à Paris, nous avons proposé des espaces de réflexions autour d’enjeux de territoires. Ces espaces sont connectés à l’évènement de Bordeaux, ainsi qu’à tous ceux qui se jouent au même moment dans des dizaines de pays du monde selon le même état d’esprit dans le cadre de la campagne internationale de Scientist Rebellion, « How much more climate failure can we take ? ». Ces COP alternatives sont des manières d’inviter à faire du lien social, à prendre le temps de faire germer de nouveaux imaginaires et initiatives populaires, et donc d’une certaine manière à « ralentir », pour catalyser l’action contre le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité, et de manière générale le dépassement des limites planétaires.

A Bordeaux le programme est ambitieux : il est à la hauteur des enjeux auxquels l’humanité doit faire face. De nombreuses organisations, associations, mouvements ont répondu à notre appel. Ces quatre jours vont constituer un véritable « Quartier général » de résistance climatique, une effervescence de rencontres, de discussions, de débats, de formes artistiques, d’actions de désobéissance civile non violente aussi, car nous jugeons que, face aux pouvoirs qui entrainent le monde à la catastrophe, la résistance et l’action seront des moteurs puissants de changement. Avec ces journées nous entendons contribuer au vaste tissage d’initiatives qui émerge un peu partout, contribuer aussi à rouvrir les imaginaires, et à redonner du pouvoir d’action aux personnes. Scientifiques en rébellion propose donc une main tendue pour mobiliser à Bordeaux, en France (et un lien visio streaming est mis en place à cet effet), à l’internationale aussi dans un désir de créer davantage de ponts entre pays, et de renforcer les groupes Scientist Rebellion internationaux. Des interventions et des témoignages venus de l’étranger enrichiront le programme de Bordeaux : sur l’expérience de référendum populaire en Equateur le vendredi soir, sur les bassines à partir d’une intervention d’un hydrologue italien le samedi matin, lien avec le Portugal aussi autour des questions de l’exploitation minière en haute mer. Nous appelons à décloisonner tous les secteurs au service du vivant, à fédérer les énergies tous ensemble sous le même toit (la Base sous-marine) pour fusionner nos singularités et catalyser l’action.